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mercredi, 08 août 2012

Le trafic de carburant à Bondoukou

Des produits vendus à Bondoukou, le carburant issu du trafic occupe la plupart des espaces. L’essence se vend à chaque coin de rue. Enquête sur un phénomène en plein essor, embarrassant pour les autorités de la ville.


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La présence partout du carburant est frappante à Bondoukou. Difficile de savoir qu’il existe des stations-services dans la ville. Pourtant elle en compte quatre. Littéralement englouties par le flot de petits points de vente de l’essence de contrebande. Dans des bouteilles posées sur des tables.

Origine du carburant

Ce carburant vient de Sampa, au Ghana. A environ 10 km de Bondoukou. Le secret du trafic est jalousement gardé. Sa face visible: la présence de nombreux bidons de 20 litres sur certains lieux de vente.

Des gens le disent: la plupart des véhicules empruntant quotidiennement l’axe Bondoukou-Sampa font du trafic. Leurs réservoirs servent à cela. Ceux-ci souvent double sous le même essieu. Dans la petite ville de l'autre côté de la frontière, les contrebandiers remplissent les réservoirs. Ils y reviennent ensuite pour distribuer aux détaillants cette cargaison.

L’essence venue du Ghana se distingue nettement de celle vendue en Côte d’Ivoire. Par sa forte odeur et sa couleur vive tirant sur le rouge. Pour réduire l’écart les séparant, des vendeurs procèdent au mélange du carburant ghanéen et ivoirien.

Qui sont les clients ?

A Bondoukou, il suffit d’avoir un engin roulant pour être client du carburant de contrebande. Motos et voitures roulent à l’essence issue du trafic.

Tous le reconnaissent cependant: le carburant du Ghana est de mauvaise qualité, car peu raffiné. Ce qui demande un entretien régulier des moteurs. Pourquoi continue-t-on à l’utiliser alors ?

Les raisons de la préférence du carburant ghanéen

Incontestablement les prix élevés de l'essence raffinée en Côte d'Ivoire. Plus de 600 f CFA le litre de gasoil. L’essence, encore plus chère. Des prix hors de portée pour une frange importante de la population. La cherté de la vie ouvrant la voie à toutes sortes de pratiques. Tous les risques, "bons" à prendre.

Divers articles venus du Ghana inondent les marchés de Bondoukou. « Si le Ghana n’existait pas, que serait devenue la ville de Bondoukou ? », se demandent des habitants. Avant de répondre qu’ils n’ont pas le choix. « Je suis obligé de vendre du carburant parce qu’il n’y a pas autre chose à faire. On se débrouille comme on peut. Il n’y a pas d’usines ! », dit Kamagaté Brahima, se défendant cependant de vendre du carburant de contrebande.

Kouassi Joseph, plus exubérant. Assis dans sa cabane, il n’hésite pas à nous exhiber des bidons remplis d’essence, entreposés dans une pièce sombre. Au moment où nous conversons avec lui, des clients se procurent des bouteilles pleines posées sur ses tables. Un business dont Joseph ne se plaint pas, vu le nombre de ses petits employés. A la différence du carburant ivoirien, celui ghanéen coûte moins cher : « 500 f CFA pour le gasoil, et 600 f CFA l’essence », confie-t-il.

Paradoxalement, ces coûts relativement bas n’entraînent pas une baisse du coût du transport urbain et interurbain. Au contraire, chaque hausse du prix du carburant en Côte d’Ivoire entraîne une hausse du prix du transport à Bondoukou.

Attention, danger!

Ce mauvais carburant fait perdre énormément d’argent aux stations-services locales. Elles sont désertées par les clients. Face à ce problème, le directeur des hydrocarbures du ministère des mines et de l’énergie avait effectué une mission à Bondoukou.

Le préfet François Goun en a donné les raisons. Celles-ci faisant suite aux nombreuses protestations des autorités ghanéennes sur la quantité du carburant consommé à Sampa. En clair, elles ne comprenaient pas comment une ville comptant moins de 10 000 habitants consommait par jour des milliers de litres d’essence. Le préfet affirme avoir été averti maintes fois par les autorités ghanéennes que l’essentiel de leur pétrole vient en Côte d’Ivoire par des circuits parallèles. Ce qui fait perdre de l’argent à leur Etat.

Rien n’a changé. Visiblement, le problème embarrasse le préfet. C’est pourquoi l’arrêté qu’il a pris pour la destruction des produits périmés sur les marchés de Bondoukou (2010) n’a pas touché le secteur des hydrocarbures. Il reconnaît que ce problème est beaucoup plus complexe.

Le danger demeure le risque d’accidents (explosions et incendies). Il y a risque car les bouteilles d’essence sont exposées au soleil du matin au soir. En outre, pas rare de voir des gens achetant de l’essence cigarette à la bouche. Pour le moment, aucun cas d’incendie. Si cela devait se produire, ce serait la catastrophe. Le liquide inflammable, vendu près des habitations. A Bondoukou, pas de caserne de sapeurs-pompiers.

Ossène Ouattara

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