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dimanche, 05 août 2012

Des motos-taxis à Bondoukou?

A terme, les motos prendraient-elles la place des taxis de Bondoukou ? L’hypothèse n’est pas à écarter, vu le nombre élevé des deux roues dans la ville, ces dernières années.


Leur présence dans les rues est remarquable. Ainsi que les bruits discordants qu’ils font entendre.« Aujourd’hui à Bondoukou, si tu n’as pas un scooter, inutile de draguer une fille. Même si tu as une voiture », plaisante Yao Kra, la trentaine révolue.

Le jeune homme interprète le spectacle général que donnent à voir les usagers des véhicules à deux roues. Tout indique la fierté des jeunes filles à s’asseoir sur le siège d’une moto, derrière le bien-aimé. Que ce soit de profil ou en donnant face au dos de ce dernier – main(s) autour de sa hanche –, la manière de se positionner importe peu. Mais grand, l'enthousiasme. Le plaisir d’être vu par les passants.

On dit qu’il plaît particulièrement aux femmes d’aller au marché et de se savoir vues aux côtés de leurs maris. Que de bonheur d’être en balades amoureuses (au vu et au su de tous), sur un scooter, avec le prince charmant ! « Le plaisir que leurs petits amis ont des scooters leur suffit », confirme un anonyme, parlant des jeunes filles.

Mais ces petits engins roulants sont devenus rares. D’autres plus gros prennent le relais. Différentes marques (Apsonic, Royal, Nanfang, …) ont inondé la ville. Par-delà, toute la région du Zanzan. D’où viennent ces motos ?

Origine

Elles proviennent de l’Asie. Transitent par des pays de la sous-région (Mali, Burkina-Faso, Ghana, Togo,…). Puis arrivent en Côte d’Ivoire. Pour raison de crise militaro-politique (2002), et du fait de l’inexistence des frontières Nord, nombre de ces engins se sont retrouvés à Bouaké. Ville où l’on s’approvisionnait. Pour ensuite revendre dans les autres localités (Bouna, Nassian, Tanda, etc.).

Bouaké n'est plus le point centrifuge. Des vendeurs de ces deux roues existent désormais à Bondoukou.
« Les motos viennent du Togo. Les prix varient suivant les marques et la performance, et vont de 200 000 F CFA à 400 000 F CFA », selon un concessionnaire. Mais notre interlocuteur, craintif quand nous demandons sa permission pour une photo de sa marchandise. « Non, ne les filmez pas ! ». Pourquoi ? « …parce que nous faisons du trafic. Cela pourrait compromettre notre travail », craint-il.

Le mot est lâché : « trafic ». Pourtant, le commerçant dit payer les taxes journalières de la mairie. Selon ses propres mots, beaucoup de corps habillés (militaires, gendarmes, douaniers) sont clients.

Raisons du nombre élevé des deux roues

La dégradation des voies de la ville: l’argument qui revient le plus. « A Bondoukou, il n’y a plus de rue. Tout le bitume est parti », se plaint Kouassi Joseph, vendeur de carburant de contrebande. Un chauffeur est plus amer : « Chaque jour, nous partons au garage, car nous cassons nos amortisseurs à cause de l’état des routes. Pourtant il n’y a pas de clients. Tout le monde roule à moto ».

Bon ou mauvais ?

Tout le monde n’apprécie pas la présence massive des deux roues. Ceux les vendant s’en frottent pourtant les mains. Les stocks s’épuisent vite. Pendant la traite de l’anacarde surtout. De la vingtaine d’engins neufs que nous avions trouvés chez le commerçant, il n’en restait que sept, deux jours après.

Faut-il craindre que ces véhicules deviennent des taxis, dans un proche avenir ? Oui, car certains auraient déjà commencé à jouer ce rôle. Pour les besoins de nos reportages dans la ville, des gens nous ont proposé leurs services dans ce sens. Quel visage présenterait alors la capitale de la région ?

Bondoukou risquerait de connaître la pollution liée au rejet des gaz d’échappement. Il faudrait craindre, en outre, beaucoup plus de désordre. Ayant pour corollaire des accidents à répétition.

Au volant des deux roues, les usagers « s’amusent » trop souvent. Les chutes dues aux collusions, fréquentes. Le jeune Kouadio l’a appris à ses dépends. Tombé évanoui de son scooter, son réveil est intervenu à l’hôpital, plusieurs heures après. « personne n’imaginait ma survie ». D’autres n’ont pas eu cette chance.

La profusion des véhicules à deux roues, surtout leur attrait (éclat, enjoliveurs, tableau de bord luminescent, démarrage télécommandé), dissimule leur mauvaise qualité. Une réalité connue du sexagénaire Abou. Qui n’a pas ménagé ses économies pour se procurer une Yahama classique à 800 000 F CFA. « Je préfère dépenser beaucoup plus pour la qualité », dit-il. Ces nouvelles marques ont une durée de vie trop brève.

Composé essentiellement de caoutchouc, l’engin se désagrège au moindre choc. Un défaut qui ne freine pas jeunes de tout genre et adultes de tout âge à la course à moto. Et parallèlement s’y développe la contrebande de carburant. Un produit bon marché mais de mauvaise qualité, qui endommage les moteurs.

C’est devenu un effet de mode à Bondoukou : celui qui ne roule pas à moto semble ringard.

Ossène Ouattara

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