28.11.2011
Le boom des deux roues à Bondoukou
A terme, les motos prendraient-elles la place des taxis (couleur rouge) de Bondoukou ? L’hypothèse n’est pas à écarter, vu le nombre élevé des deux roues dans la ville, ces dernières années.
Leur présence dans les rues est remarquable, ainsi que les bruits discordants qu’ils font entendre.
« Aujourd’hui à Bondoukou, si tu n’as pas un scooter, inutile d’espérer qu’une fille acceptera tes avances, même si tu as une voiture », plaisante Yao Kra, la trentaine révolue.
Le jeune homme n’interprète que le spectacle général que donnent à voir les usagers des véhicules à deux roues. Tout semble indiquer que les jeunes filles tirent une fierté à s’asseoir sur le siège d’une moto, derrière le bien-aimé. Que ce soit de profil ou en donnant face au dos de celui qui tient les guidons – main(s) autour de sa hanche –, la manière de se positionner importe peu. Mais la satisfaction est la même : le plaisir d’être vu par les passants. Impossible en effet de se cacher lorsqu’on se déplace à deux roues, au contraire d’une voiture.
On dit qu’il plaît particulièrement aux femmes d’aller au marché et de se savoir vues aux côtés de leurs maris. Ou, que de bonheur pour une fille d’être en balades amoureuses (au vu et au su de tous), sur un scooter, avec le prince charmant ! « Le plaisir que leurs petits amis ont des scooters leur suffit », confirme un autre jeune, parlant des jeunes filles.
Mais ces petits engins roulants sont devenus rares. D’autres, plus gros, ont pris le relais. De nouvelles et différentes marques (Apsonic, Royal, Nanfang, …) ont inondé la ville et, par-delà, toute la région du Zanzan. D’où viennent ces motos ?
Origine
Elles proviennent de l’Asie, transitent par des pays de la sous-région (Mali, Burkina-Faso, Ghana, Togo,…), puis arrivent en Côte d’Ivoire. Pour raison de crise militaro-politique depuis septembre 2002, et du fait de l’inexistence des frontières Nord, nombre de ces engins se sont retrouvés à Bouaké. C’est dans cette ville que l’on s’approvisionnait, pour ensuite revendre dans les autres localités (Bouna, Nassian, Tanda, etc.).
Bouaké ne semble plus être le point centrifuge. Un vaste réseau de trafic de ces deux roues existe désormais à Bondoukou. Et les trafiquants ne s’en cachent pas, loin s’en faut. Sur un espace d’à peine 20 m², non loin du marché central, à côté de la boulangerie ″Centrages″, des motos neuves attirent l’attention des passants.
Après quelques hésitations, un homme accepte de nous répondre : « Les motos viennent du Togo. Les prix varient suivant les marques et la performance, et vont de 200 000 F CFA à 400 000 F CFA ». Mais notre interlocuteur se montre plus craintif quand nous lui demandons si nous pouvions photographier sa marchandise. Malgré les assurances que nous ne sommes pas agent de contrôle, sa réponse fut sans concession :
« Non, ne les filmez pas ! ». Pourquoi ? « …parce que nous faisons du trafic. Cela pourrait compromettre notre travail », craint-il.
Le mot est lâché : « trafic ». Pourtant, le commerçant dit payer les taxes journalières de la mairie. Il affirme aussi que beaucoup de corps habillés (militaires, gendarmes, douaniers) sont ces clients.
Raisons du nombre élevé des deux roues
Les raisons sont multiples. La dégradation des voies de la ville: l’argument qui revient le plus. « A Bondoukou, il n’y a plus de rue ; tout le bitume est parti », se plaint Kouassi Joseph, vendeur de carburant de contrebande. Un chauffeur de taxi n’en démord pas : « Chaque jour, nous partons au garage, car nous cassons nos amortisseurs à cause de l’état des routes. Pourtant, il n’y a pas de clients ; tout le monde roule à moto ». En fait, là où une voiture passe difficilement, la moto circule aisément.
Bon ou mauvais ?
Tout le monde n’apprécie pas la présence massive des deux roues. Ceux qui les vendent s’en frottent pourtant les mains. Les stocks s’épuisent vite, surtout pendant la traite de l’anacarde, principal produit de rente du Zanzan. De la vingtaine d’engins neufs que nous avions trouvés chez le commerçant, il n’en restait que sept, deux jours après.
Faut-il craindre que ces véhicules remplacent, dans un proche avenir, les taxis rouges ? Oui, car certains auraient déjà commencé à jouer ce rôle. Pour les besoins de nos reportages dans la ville, des gens nous ont proposé leurs services dans ce sens. Quel visage présenterait alors la capitale de la région ?
Bondoukou risquerait de connaître la pollution liée au rejet des gaz d’échappement que des villes comme Ouagadougou (Burkina-Faso), Cotonou (Bénin) avec les "zémidjan", Korhogo (Côte d’Ivoire),… connaissent déjà.
Il faudrait, en outre, craindre la multiplication des accidents. Au volant des deux roues, les usagers « s’amusent » trop souvent ; pourtant l’équilibre est précaire. Les chutes dues aux collusions sont fréquentes : le jeune Kouadio l’a appris à ses dépends. Tombé évanoui à la suite d’un grave accident avec son scooter, son réveil est intervenu à l’hôpital, plusieurs heures après. Comme il reconnaît lui-même, « personne n’imaginait que je survivrais ». D’autres n’ont pas eu cette chance.
La profusion des véhicules à deux roues, surtout leur attrait (éclat, enjoliveurs, tableau de bord luminescent, démarrage télécommandé), dissimule leur mauvaise qualité. Une réalité que connaît le sexagénaire Abou, cultivateur, qui n’a pas ménagé ses économies pour se procurer une Yahama classique à 800 000 F CFA. « Je préfère dépenser beaucoup plus pour la qualité », affirme-t-il. La durée de vie de ces nouvelles marques est brève. Dans leur fabrication, la part de matières moins résistantes est plus grande.
Composé essentiellement de caoutchouc, l’engin se désagrège au moindre choc. Un défaut qui ne freine pas jeunes de tout genre et adultes de tout âge à la course à moto. Et parallèlement s’y développe le commerce du carburant de contrebande; un produit bon marché mais de mauvaise qualité qui endommage les moteurs.
C’est devenu un effet de mode à Bondoukou : celui qui ne roule pas à moto semble ringard. Vaut-il la peine de dépenser des centaines de mille pour un bien de moindre qualité?
11:48 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : motos, accident, pollution, rues dégradées, bondoukou, côte d'ivoire, zanzan


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