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dimanche, 23 octobre 2011

Quand s’habiller consiste à "mettre à nu" son corps

Porter des tenues légères fait aujourd’hui partie du décor dans les villes ivoiriennes. Les jugements portés sur ce fait ont une forte tendance à la dépréciation. Et si c’était un phénomène imparable ?


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Imaginez-vous quelqu’un dans la rue vêtu d’un pantalon gros bas mais rétréci au niveau des cuisses, avec une tête hirsute (beaucoup de cheveux) et des favoris (barbe sur la joue de chaque côté du visage) touffus ! Cet homme attirera à coups sûrs les regards des passants. Certains le regarderont avec dédain. D’autres le prendront pour un déséquilibré mental. Les plus aimables le qualifieront de bouffon, tandis que les railleurs se moqueront de lui dans des rires narquois. Des gens le dévisageront avec un regard médusé.

Pourtant deux décennies avant les années 2000, cette façon "ridicule" de s’habiller était la norme. Au point que celui qui ne s’y conformait pas courait le risque de l’excentricité. Bien loin derrière le "style afro". Les habitudes ont changé ; les goûts aussi. Même pour les personnes du troisième âge (témoins du style vestimentaire "gros bas" et nostalgiques des temps anciens), qui ne manqueront pas, eux aussi, de tourner en dérision notre homme à l’accoutrement "bizarre". Paradoxe de la modernité : la norme d’hier devenue désordre, et les manières de faire d’aujourd’hui scandaleuses hier. Chaque époque créant ses désirs et ses besoins.

Bon gré mal gré, nos tenues vestimentaires ont épousé le goût et l’"état d’esprit" de notre époque. Caractérisée par le souci de paraître pour être. Epoque du sensualisme effréné, des fantasmes collectifs, des Technologies de l’information et de la communication (TIC). Qui font une large diffusion des manières d’être, de faire des autres. Les plus conservateurs n’échappent pas au "charme" des comportements exotiques véhiculés par les médias (publicité outrancière et intempestive).

Dans ce monde devenu village planétaire, le comportement réactionnaire de la jeunesse d’un pays peut être, ailleurs, un modèle à imiter. La mode des fesses à moitié couvertes par de gros pantalons – jeans de préférence – a traversé les frontières étasuniennes pour gagner les autres jeunesses du monde. Or cette façon de se vêtir (criss kross) était, à l’origine, une réaction au malaise des jeunes noirs américains. La musique hip hop en est le langage.

Le "dévêtement" ou le sensationnel s’inscrit au cœur de la modernité. L’homme moderne est pris dans l’engrenage de ses productions multiples : objets-jouets, gadgets,… . « Ôtez à l’homme moderne tout ce qui le distrait (…) le cinéma, la radio, le journal, le théâtre, les concerts, les combats de boxe, les voyages, et il mourra de vacuité. Les choses simples ne l’interpellent plus », dit Eugen Fink, philosophe.

Dans cet attachement aux objets, se joue la perte de la "profondeur" humaine. Le génie créateur se répartissant en "dévoilement" producteur et en "dévoilement" provoquant. Les formes de séduction et de provocation exprimées dans la mode du dénudement, du dévêtement : la mode "exhibitionnelle" (concours de beauté : mannequins, miss,…). Ceux qui la prennent trop à cœur en arrivent parfois à se soucier exagérément de leur apparence. Or en attachant trop d’importance à l’apparence, on peut finir par souscrire à l’idée que la valeur dépend de l’emballage.

Tous pris dans le tourbillon de la mode, nous ne devrions pas être surpris de voir les femmes dans des modèles extravagants et provocants. Nous produisons dans presque tous les domaines pour provoquer, séduire, attirer. Raison pour laquelle dans le "se vêtir", on ne fait que se montrer, se livrer, s’exposer. Le vêtement n’est en réalité qu’un "dévêtement" ; le "se vêtir" un simple "dévêtir". Car tout y est présenté, montré.

Les modèles actuels – depuis les "chéri regarde mon dos" jusqu’aux "collants et body" en passant par les mini-jupes, les "pantalons serrés", sans oublier les jupes aux fentes démesurées –, participent de ce dévêtement. Au fond, tout n’est qu’apparent. C’est pourquoi dans la perspective de la communication, affirme Philippe Breton, il faut voir « la pornographie comme incarnation des traits illusoires de la toute puissance libératrice de la communication : on y montre tout ce qui est visible, mais du même coup, on n’y voit jamais rien, du moins, de ce qui est essentiel ».

L’Homme est ainsi devenu une pure apparence. Un être irréel, inauthentique, sans profondeur. Diogène Laërce n’a pas tort. Un jour, il cria : « Holà ! des hommes ! ». On s’attroupa, mais il chassa tout le monde à coups de bâton, en disant : « j’ai demandé des hommes, pas des déchets ! ». Devant les façons extravagantes de se farder aujourd’hui, on trouvera géniale son attitude. Lui qui aurait ordonné à un jeune homme mal fagoté de se mettre tout nu afin de connaître son sexe.

L’habit ne fait pas le moine, dit-on. Mais c’est par l’habit qu’on reconnaît le moine. « Les vêtements montrent qui on est et comment on se considère », affirme un chef d’entreprise. Assurément ! La façon dont on s’habille est comme un message qu’on adresse aux autres. Et qui peut leur suggérer qu’on est consciencieux, équilibré ; qu’on a une bonne moralité. Ou bien leur crier qu’on est un révolté. En quelque manière, on s’identifie par sa tenue.

Un décolleté profond, des shorts, des jeans serrés ou l’absence de soutien-gorge risquent d’être interprétés par des hommes comme une invitation. « Personnellement, je trouve difficile de n’avoir que des pensées pures à l’égard des jeunes femmes quand je vois la manière dont elles s’habillent », s’exprime Igor.

Nos styles vestimentaires parlent aussi de nous, en bien ou en mal.

Ossène Ouattara

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