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mardi, 24 janvier 2012

Rentrée universitaire en septembre 2012: les raisons

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Etudiants et parents d’élèves ont accueilli l’information avec surprise. C’est le chef de l’Etat en personne qui l’a livrée lors de sa visite au Togo, devant un parterre d’étudiants ivoiriens dans ce pays : « les universités rouvriront leurs portes en septembre 2012 », a affirmé Alassane Ouattara.


Ces propos contredisent Cissé Ibrahim, ministre ivoirien de l’enseignement supérieur, qui avait rassuré que la rentrée académique interviendrait début janvier 2012. Les Ivoiriens n’ont pas pensé que la fermeture des deux grandes universités publiques du pays durerait deux ans. Désenchantement de tous, y compris ceux qui avaient applaudi la mesure de la mise "au dehors" manu militari de milliers d’étudiants, le 22 avril 2011, quelques jours après la chute de Laurent Gbagbo.

Selon des informations concordantes, la réouverture des universités de Cocody et d’Abobo-Adjamé pose problème. Des enseignants ont été arrêtés et détenus (Aké NGbo, Kata Kéké, Koné Boubacar,…). Beaucoup d’autres partis en exil. Un nombre élevé de ceux-ci s’est vu offert des postes dans des universités. Avec des rémunérations plus alléchantes, ces professeurs n’envisagent pas rentrer en Côte d’Ivoire sitôt.

Les autorités gouvernementales le savent mieux que quiconque : les "temples du savoir" manqueront de formateurs si les portes s’ouvrent maintenant. Ce sera alors un revers pour le pouvoir Ouattara. Les cendres sont encore chaudes, les plaies pas totalement cicatrisées. On l’oublie souvent : avec Laurent Gbagbo, c’était l’Université (les enseignants) qui était au pouvoir.

Amphis, salles de TD et étudiants étaient abandonnés pour des postes de directeurs de cabinets dans les ministères. Plusieurs professeurs étaient Conseillers à la Présidence de la République. En outre, qui dit Syndicat national de la recherche et de l’enseignement supérieur (SYNARES) parle de Front populaire ivoirien (FPI), parti de Laurent Gbagbo. Qui refuse de participer aux prochaines législatives.

L’on se souvient des multiples diatribes de Niamien Messou, ex-secrétaire général du puissant SYNARES (60% des enseignants), contre l’ex-puissance coloniale. « C’est la France qui a attaqué la Côte d’Ivoire ». Ce professeur de chimie n’était pas peu fier d’appartenir au budgétivore « galaxie patriotique » de Charles Blé Goudé.

Par ailleurs, pas sûr que les formateurs restés au pays acceptent de dispenser les cours aux étudiants. Sans doute ils engageront un bras de fer avec le pouvoir, en posant comme préalable la libération de leurs "camarades" emprisonnés. Les Ivoiriens sont coutumiers du fait, la solidarité corporatiste oblige.

Reste la solution de faire venir des expatriés pour dispenser le savoir. Mais la destination Côte d’Ivoire n’est plus prisée. Fini le temps où Houphouët l’avait réussie. La situation actuelle des finances du pays ne permet pas ce luxe. C’est d’autant vrai que l’Etat veut réduire sa masse salariale (environ 40% de son PIB), largement au-dessus de la norme recommandée par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui est de 36%.

Autre problème de taille : les travaux de réhabilitation des campus et cités avancent à pas de tortue. L’université d’Abobo-Adjamé est à reconstruire, après avoir subi de multiples bombardements lors du conflit post-électoral.

En attendant septembre 2012 (septembre étant le mois de rentrée pour les universités du monde), que fait-on des 70 mille étudiants de l’université de Cocody qui errent dans les rues d’Abidjan ? Et les 40 mille autres d’Abobo-Adjamé, comment les occupe-t-on ? Et le problème de paiement des bourses des étudiants restés au pays, surtout ceux en année de Thèse ? Aussi, la délicate question des deux générations de bacheliers (2010 et 2011) attendant leur orientation dans les universités publiques, auxquels s’ajouteront ceux de 2012.

Tous ces jeunes désœuvrés constituent, à n’en point douter, une bombe sociale. Les pouvoirs publics gagneraient à se pencher sérieusement sur la question.

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