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lundi, 23 juillet 2012

Des kilomètres de marche à cause de 1 000 f CFA

Les effets de la pauvreté qui frappe la Côte d’Ivoire sont plus visibles dans le Zanzan. Les villages en particulier. Des femmes accompagnées de leurs jeunes enfants, prenant chaque matin la route en direction de Bondoukou, mettent en exergue cette réalité.


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A Bondoukou, ceux qui vivent aux abords des voies menant au marché central sont habitués aux mêmes scènes. Au levé du jour, des dizaines de femmes (certaines avec leurs bébés au dos) et des enfants marchent en file. Portant sur la tête divers produits : ignames, manioc frais ou sec, charbon de bois, fagot, légumes, fruits, grains de maïs, et tout autre produit commercialisable.

Ils viennent des campagnes et villages environnants. Certains de très loin. N’ayant pas d’argent pour emprunter un véhicule, ces braves gens marchent sur des distances relativement longues : de 5 à 15 km. Voire 20 ou 25 km. Pour ceux devant parcourir un long trajet, le réveil se fait tôt (4 ou 5h du matin). Cela donne un double avantage : éviter que le soleil ne transforme en odyssée le périple, et arriver au bon moment (quand le marché grouille de clients, entre 9h et 10h).

Une fois à destination, et en dépit de leur peine, ces femmes et leurs progénitures font face, bien souvent, à des pratiques de commerçantes peu scrupuleuses. Celles-ci, faisant fi des souffrances endurées, les volent en achetant à vil prix leurs marchandises. Profitant du fait que ces personnes sont obligées de repartir dans leurs localités – quel que soit l’issue de la vente de leurs produits –, ce sont elles qui fixent les prix.

Le mode opératoire

Pour accomplir leur sale besogne, ces commerçantes amorales évoquent, dans des refrains connus, la conjoncture économique difficile. « Il n’y a plus d’argent ! ». « Le marché est difficile, plus rien ne marche ! ». « La production de maïs, d’orange, d’igname,… est abondante cette année. Ces produits ne sont plus lucratifs ! ». « Si tu n’acceptes pas au prix que je te propose, tu ne trouveras personne pour l’acheter. La nuit te trouvera ici ! ». Autant d’arguments pour convaincre les pauvres villageois que les fruits de leur travail ne valent pas plus que ce qu’elles leur proposent : 400 ; 500 ou 1000 f CFA.

Les céréales, produits les plus volés. La grosse boîte de pâte de tomate remplie de grains de maïs peut être fixée à 25 f CFA. En fin de compte, une cuvette de ce produit, transportée sur la tête jusqu’à Bondoukou, est achetée au plus à 300 f CFA. Une somme dérisoire. La vendeuse aussitôt partie, son maïs est revendu trois fois plus cher par la commerçante véreuse. Idem pour les autres produits.

Pas bon d’être pauvre

La pauvreté, raison qui emmène des femmes et des jeunes gens à se faire gruger de cette façon. Ils n’ont pas le choix. Amoro, un jeune d’Amodi (sous-préfecture de Tabagne), a accepté, à son corps défendant, de vendre à perte sa tomate. Alors que le kilogramme se négociait entre 800 et 1 300 f CFA à Abidjan, une dame a acheté la production du jeune homme à 75 f CFA le kilogramme. Elle a même subordonné le paiement de la somme due à la vente du légume à Abidjan.

A la merci de cette dame, Amoro n’aurait rien si elle estimait avoir fait une perte. Et c’est régulièrement qu’elle lui signifiait qu’une partie de la marchandise a pourri. Au final, l’argent reçu par le jeune était en deçà des efforts fournis. « Si j’avais de quoi subvenir aux besoins primaires de ma famille, jamais je n’accepterais de vendre ma tomate à ce prix », a-t-il confié amèrement.

Des familles n’ont pas le minimum. Pas de quoi acheter du sel, du cube "Maggi", de l’oignon, de l’huile de table, du poisson pour la cuisine. Les maigres sommes d’argent obtenues, après avoir tant marché, sont systématiquement dépensées. Certains troquent leurs marchandises contre d’autres produits, si rares dans les villages. C’est aussi cela la réalité dans le Zanzan.

Ossène Ouattara

Commentaires

C’est une situation alarmante qui interpelle tout le monde et en premier lieu les autorités du pays, les tenants du pouvoir. On me dira que c’est partout pareil mais, non le GONTOUGO, c’est l’extrême. C’est la région la plus pauvre de la Côte d’Ivoire dit-on. Ce trophée, on ne le mérite pas .
Le seuil de pauvreté dans le GONTOUGO est inacceptable aujourd'hui pour un pays qui aspire à l’émergence à l’horizon 2020, il faut faire quelque chose.
A mon avis, le salut de cette région tient prioritairement en trois urgences :
- Améliorer le pouvoir d’achat des paysans en relevant le prix d’achat de l’anacarde
-Re-profiler les voies d’accès dans les villages pour faciliter l’écoulement des produits et les déplacements des populations
-Mettre les jeunes au travail par la création des AGR et les organiser en coopérative (activité relevant principalement des cadres)

Vivement que cet appel parvienne aux « Décideurs »………

Écrit par : ANZOUA | jeudi, 02 août 2012

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