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mardi, 09 octobre 2012

Professeur Babacauh : « Il est juste que le Zanzan reçoive le triple des investissements programmés dans d’autres régions »

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Dans plusieurs localités, le PDCI se prépare pour les élections municipale et régionale. Dans le Gontougo, le ton est donné à travers les actions des potentiels candidats. Dans cette interview accordée au journal Le Mandat, lundi 1er octobre, professeur Babacauh Koffi Dongo, délégué départemental de Bondoukou 2, parle aussi bien des élections que du problème de l’exploitation du manganèse dans le district du Zanzan. Sans omettre d’évoquer la visite prochaine du chef de l’Etat dans le Nord-Est. (1ère partie).

Bonjour professeur ! Vous n’avez pas l’habitude de vous livrer à la presse. C’est donc un honneur pour nous de vous avoir aujourd’hui. Comment se porte votre région, le Zanzan ?

Merci, je précise que c’est le District du Zanzan. Notre District se porte bien dans la mesure où depuis que le Président Ouattara est aux affaires. Nous sentons de mieux en mieux un environnement paisible et plus serein. On respire mieux. Cependant, il y a beaucoup à faire car il y a eu tellement de destructions lors de la crise post-électorale. Il faut donc du temps et d’énormes ressources pour reconstruire l’essentiel. Mais nous croyons que ça ira dans le Zanzan. Nous avons foi au Président Ouattara.

L’un des problèmes les plus préoccupants de l’époque, c’était celui du manganèse. Où en êtes-vous exactement aujourd’hui ?

Oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, il y a effectivement du manganèse aussi bien dans la région du Gontougo que dans le Boukani. Le District du Zanzan regorge donc de ce minerai en grande quantité. Il y a eu des recherches visant à une éventuelle exploitation. Mais les textes qui consacrent l’exploration et l’exploitation de ce minerai n’étaient pas conformes à la règlementation en vigueur. Si bien que dans leur application, les populations riveraines ou occupantes des sites se sont senties grugées. En tant que fils et cadre de la région, nous avons été sollicité par les parents qui, parallèlement, ont saisi la justice pour défendre leurs intérêts.

Professeur, dites-nous comment aviez-vous procédé de manière à permettre à ceux qui se disent victimes de l’exploitation abusive de ce minerai d’avoir gain de cause ?

Disons que les populations qui se sont senties grugées se sont fait assister par un avocat. Les démarches de ce conseil juridique ont abouti. Puisque la Cour suprême a délibéré et a produit un acte qui annule l’arrêté pris par le ministre des Mines d’alors (Léon Emmanuel Monnet, NDLR) autorisant l’extension d’un des périmètres à explorer /exploiter autorisé par décret. Au vu de la grosse délivrée par cette haute juridiction, l’on attend de voir, les jours ou les mois à venir, les populations entrer dans leurs droits.

Est-ce à dire que l’exploitation est arrêtée ou alors elle se poursuit encore ?

Selon les dernières informations que nous avons en notre possession, l’exploitation se poursuit. Mais les démarches sont en cours pour que tout rentre dans l’ordre.

L’on se souvient qu’à l’époque, la tension était très vive. Les jeunes s’étaient violemment dressés contre Taurian, la société attributaire du permis d’explorer. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Nous sommes intervenus et la situation est redevenue calme pour permettre à la justice de faire son travail.

Pourriez-vous nous expliquer un peu comment les choses se sont déclenchées ?

Il faut dire que les jeunes de Bondoukou voyaient passer à l’époque des files de camions chargés de minerai de manganèse à destination d’Abidjan. Cette exploration/exploitation a entraîné la destruction massive de plantations et de l’environnement sans que les parents ne soient indemnisés selon le code minier. Cela a révolté les jeunes qui ont donc décidé de s’opposer à cette exploitation qu’ils considèrent abusive. Certains cadres de la région dont moi-même, saisis par les parents, avons cherché à comprendre ce qui se passait. C’est ainsi que nous avons découvert, avec les avocats, les anomalies évoquées plus haut.

Quelles sont ces anomalies ?

Si je me permets de me répéter, la première anomalie réside dans l’illégalité de l’arrêté d’extension pris par le ministre. La deuxième résulte de la non-indemnisation ou l’indemnisation partielle des parents qui ont subi de graves préjudices.

A part la voie judiciaire, est-ce que vous avez saisi aussi les autorités administratives et politiques ?

A ce sujet, deux comités de suivi ont été mis en place. Un comité départemental présidé par le préfet de région et un comité local présidé par le professeur Babacauh, votre serviteur. Ces deux comités travaillent de concert. Les autorités ont toujours été saisies des doléances des populations.

Quelles étaient les dispositions prises par les autorités étatiques d’alors ?

Suite aux doléances formulées par le comité local qui est l’interface entre l’administration, les parents sinistrés et les jeunes, le chef de l’Etat d’alors, le Président Gbagbo a promis la construction d’une usine de ferromanganèse dans la région. Mais il y avait un problème de puissance électrique, la région étant sous-alimentée. Donc pour que cette usine soit fonctionnelle, il va falloir augmenter la puissance électrique de la zone.

Avec la chute de l’ex-régime qui avait fait cette promesse, il est donc à craindre que ce projet ne voie plus le jour. N’est-ce pas ?

D’abord, nous précisons que les autorités actuelles ont eux aussi été saisies de la question. Le ministre actuel des Mines et de l’énergie a été également saisi du dossier. Il a même programmé une rencontre avec les comités de suivi à Bondoukou. Par ailleurs, il convient de noter qu’à peine arrivé au pouvoir, le Président Ouattara nous a aussi donné des lueurs d’espoir à travers le Programme présidentiel d’urgence(PPU). Si ce programme est mis en œuvre dans notre région, toutes les commodités pour son développement pourraient avoir le jour. A savoir l’énergie, l’adduction en eau potable et les infrastructures routières.

Est-ce que dans vos démarches, vous êtes toujours en phase avec vos parents ?

Bien sûr. D’ailleurs, ce sont eux qui nous ont sollicité et toutes les actions que nous entreprenons se font avec leur aval. Ils ont toujours exprimé leur satisfaction et leur fierté de nous voir à leurs cotés.

Vous êtes un des cadres de cette région et l’on apprend que le Chef de l’Etat effectue très bientôt une visite dans le District du Zanzan. Quels sont vos sentiments ?

C’est un sentiment d’immense joie qui nous anime en apprenant une telle nouvelle. Vous savez : c’est la 2ème visite d’Etat après celle de l’ouest ! Nous ne pouvons que nous en réjouir. L’information a été rendue publique lors d’une grande réunion à Bondoukou, samedi 2 septembre. Toutes les forces vives de la région sont mobilisées pour accueillir le Président. Surtout qu’en pareille circonstance, le Chef de l’Etat arrive avec les bras chargés. Nous sommes convaincus que la plupart des problèmes du Zanzan seront résolus.

Cela suppose que vous avez de nombreuses attentes que vous souhaiteriez voir satisfaites. Peut-on en avoir une idée ?

Je vous ai dit à l’entame de cette interview qu’il y avait beaucoup à faire dans la région. En effet, au-delà de la grave crise post-électorale dont le Zanzan est une grande victime, notre région est restée dans la léthargie pendant 10 ans. C’est une des régions qui a souffert du manque d’investissement national. C’est ce qui fait dire que pour rattraper son retard, il est juste que cette région reçoive le double, sinon le triple des investissements programmés dans d’autres régions. C’est dire qu’il y a plus d’efforts à faire dans le Zanzan pour permettre à toutes les régions du pays d’être au même niveau de développement. Surtout que l’objectif du Chef de l’Etat c’est de permettre à la Cote d’Ivoire d’être un pays émergent à l’horizon 2020. Et le Zanzan ne doit pas être en marge de cette noble ambition.

Quels sont donc les problèmes clés du Zanzan ?

La principale préoccupation des populations du Zanzan est la mévente de l’acajou, principale source de revenus de la région. Une fois ce problème maîtrisé, nos populations seront à moitié soulagées. La résolution de ce problème passe inévitablement par l’amélioration du prix d’achat et surtout la transformation locale de cette matière première. Cela nécessite la construction d’unités de transformation, l’amélioration du réseau routier et l’augmentation de la puissance en énergie électrique de la région. Vous savez aussi que notre région a un fort taux d’analphabétisme et de mortalité, notamment infantile. C’est pourquoi en plus des usines de transformation de noix de cajou que nous sollicitons, nous souhaitons voir doter notre région d’infrastructures scolaires et sanitaires adéquates. L’anacarde, faut-il le souligner, est une filière qui peut résorber le chômage dont le taux élevé aujourd’hui est très préoccupant. Surtout la jeunesse dont le salut se trouve en grande partie dans l’exploitation industrielle de cette denrée. Quoique timide dans le sud du Gontougo, la relance de la cacaoculture est à encourager dans le cadre de la diversification des cultures de rente. Par ailleurs, certaines cultures telles que le palmier à huile et l’hévéa peuvent connaître une extension si les expérimentations en cours dans la zone forestière sont concluantes.

Le Zanzan a-t-il d’autres potentialités économiques à promouvoir ?

Les potentialités économiques sont énormes. En plus des cultures pérennes, les vivriers traditionnels, notamment l’igname dont le Zanzan détient la palme de la qualité et de la quantité, peuvent contribuer à satisfaire les besoins nationaux. La partie nord, grâce à son climat soudanien, est propice à la production des mangues d’exportation. Le Boukani à cet effet est comparable à la région du Poro (Korhogo). Le Boukani bénéficie également d’une large couverture en bas-fonds très favorables à la riziculture. A condition d’y mettre les moyens, cette région peut encore contribuer à l’autosuffisance en riz. Comme ce fut le cas dans les années 75-77. Une de nos priorités, c’est de faire en sorte que notre agriculture soit intensifiée et mécanisée dans le Zanzan. Ainsi, nous aurons non seulement une autosuffisance alimentaire mais aussi nous pourrons garantir la durabilité de notre production agricole. Je signale que le karité, le néré, l’arachide ainsi que les céréales traditionnelles telles que le maïs, le mil et le sorgho sont produits dans le Zanzan. Pour tout dire, le potentiel économique existe. Ce sont les moyens d’exploitation qui font défaut.

Au delà des enjeux économiques, il ya aussi l’enjeu de réconciliation nationale. Comment appréhendez-vous le processus de réconciliation dans votre région ?

Nous parlons de développement. Or, aucun développement ne peut se faire dans la division et le désordre. C’est pourquoi, nous apprécions la politique du vivre-ensemble prônée par le Chef de l’Etat. Le Gontougo s’est déjà inscrit dans cette dynamique. Et nous concernant, dans toutes les localités de la région où nous passons, nous ne prêchons que cela. Notre souci premier est d’emmener toutes les forces vives, sans distinction, à parler le même langage et à regarder dans la même direction. C’est-à-dire la paix et la réconciliation en vue de vivre ensemble pour mieux développer notre région. Pour ce faire, nous devons taire nos divergences politiques et nos ambitions personnelles. A suivre…

Interview réalisée par Jérôme N’Dri

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