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mardi, 01 janvier 2013

Vœux de nouvel an : Entre sincérité et hypocrisie

Toute fin coïncide avec un début. L’an 2012 a laissé place à 2013. Un début d’année qui sera rythmé, comme à l’accoutumé, par des vœux à l’égard de personnes considérées chères (amis, parents, enfants,…). Et si ces souhaits étaient dénués de sincérité ?

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« Bonne et heureuse année ». « Que Dieu nous donne longue vie ! ». « Je vous adresse mes vœux, les meilleurs ». Ce sont-là quelques-unes des phrases qui seront prononcées ces jours. Les mêmes propos qui seront tenus par des hommes différents de race, de culture, de langue, de pensée. Et ne vivant pas tous sur le même continent. Les vœux de nouvel an n’appréhenderaient donc comme une coutume mondiale.

Par fidélité à la tradition, les humains formulent les mêmes souhaits à chaque début d’année. Je peux donc formuler des vœux sans qu’ils ne soient l’expression de ce que je veux. Par exemple, vouloir du mal à quelqu’un tout en maquillant mon vœu de beaux propos. Et justement, l’hypocrisie humaine s’exprime, de manière angélique, en début d’année.

L’être humain sait faire semblant. Il aime dire ce qui plaît à l’oreille, ce que l’autre veut entendre. Je peux vouloir que le diable emporte mon ennemi, en disant « que Dieu te bénisse ! ». Dans ce cas, le « je vous adresse mes vœux, les meilleurs » est une subtilité du langage. Celui à qui s’adresse le message s’en réjouira, sans doute. Pourtant mes "vœux les meilleurs" seraient qu’il lui arrive un malheur.

En plus d’être hypocrite, l’homme est égoïste. Nul n’est assez altruiste pour penser aux autres avant soi. Dire à quelqu’un « que tu gagnes beaucoup d’argent cette année ! » alors qu’on est soi-même pauvre, paraît insensé.

Bonne et heureuse année. Et après ? Quelle "bonne" action posera chaque humain pour que l’année soit "heureuse" ? Si les bonnes paroles étaient sincères, les hommes ne se livreraient pas des guerres, pire manifestation de la bestialité humaine. Où est la sincérité quand je dis à mon frère « que la paix soit sur toi » et que, sitôt dit, je lève le glaive sur lui ? Cette évidence accrédite la thèse que tout ce qui brille n’est pas de l’or. Et les propos mielleux, souvent trompeurs.

Par ailleurs, les humains n’ont pas les mêmes goûts. Les critères d’évaluation du Bien changent d’un endroit à l’autre, d’un homme à un autre. Instabilité des principaux moraux : le bon pour moi, mauvais pour l’autre. Voilà comment on offense souvent autrui en pensant bien parler. Mon vœu que Paul ait beaucoup d’enfants, une malédiction s’il n’en a pas besoin.

Les hommes se réjouissent dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Au coup de minuit, ils s’embrassent. Certains prient, remercient Dieu de leur avoir permis d’entrer dans la nouvelle année. « D’autres n’ont pas eu cette chance. Si moi j’ai eu la chance d’être en vie et d’entrer dans la nouvelle année, je dois me réjouir », dit-on. Preuve que nous marchons vers la mort à reculons. Personne ne veut vraiment mourir. Les religions dites révélées ont beau affirmer la primauté de la vie après la mort. Mais le lien qui rattache l’homme aux plaisirs terrestres semble plus solide.

Le fait d’être en vie, est-ce vraiment un avantage ? Pas si sûr. La mort est ...

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lundi, 13 août 2012

Attaques contre les FRCI : négligence meurtrière

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Petit matin du lundi 6 août. Veille de la fête de l’indépendance. Les Abidjanais ont été réveillés par des coups de feu. Attaque d’un camp militaire. Pas n’importe lequel. Il s’agit du 1er bataillon d’infanterie, caserne des bérets rouges. Bilan : officiellement 7 morts. Une série d’attaques qui nous plonge dans le souvenir obsédant de celles de 2002. Qui ont fini par transformer un coup d’Etat avorté en rébellion armée.

Avant les attaques de la semaine passée, l’attitude des autorités a ressemblé fort étrangement à celle qu’avait adoptée, à la veille de la crise de septembre 2002, Laurent Gbagbo et son gouvernement. Comparaison n’est pas raison. Mais les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets.

En toute honnêteté, nul ne doit dire qu’en 2002 le gouvernement n’avait pas été informé du coup sanglant qui se préparait de l’autre côté. « Je vois le dos des nageurs », avait affirmé Laurent Gbagbo en personne. Lida kouassi Moïse, son ministre de la Défense, a reconnu avoir été alerté. Au lieu de prendre l’information au sérieux, on s’était contenté de croire [naïvement] impossible une guerre. Conséquence : 10 années de conflit armé. 10 ans de partition du pays. Œuvre de militaires en exil, ayant bénéficié de complicité interne.

Aujourd’hui encore, des hommes en uniformes sont hors des frontières nationales. Tout près de leur pays. Ils ne cachent pas leurs intentions. Ils menacent de revenir armes aux mains. C’est connu des renseignements généraux. Donc des autorités gouvernementales. La presse le sait.

Dans sa parution du jeudi 2 août, le Quotidien Le Nouveau réveil barrait à sa une : « Attentat contre la sûreté de l’Etat : ils veulent assassiner Ouattara, Bédié, Ahoussou… . Attaque programmée des casernes FRCI ». L’article consacré à ce titre révèle « un vaste complot des pro-Gbagbo encore découvert ». Le journaliste Paul Koudou ne mâche pas ses mots. « Les services de renseignement de l’Etat sont formels, écrit-il. Les partisans de Laurent Gbagbo n’ont pas encore abandonné l’idée de porter le coup fatal au régime en place et de le renverser (…)".

Il poursuit : « Si l’on en croit les services de renseignement, des miliciens et mercenaires pro-Gbagbo qui auraient infiltré la capitale économique projetteraient des attentats ciblés contre plusieurs personnalités de l’Etat. A savoir les présidents d’institutions mais aussi des figures de proue de la coalition politique au pouvoir, le RHDP (…). Pour mettre à exécution ce plan de déstabilisation, les pro-Gbagbo se seraient attaché les services de militaires expatriés, d’anciens officiers supérieurs et généraux qui seront chargés de coordonner les actions entre les différentes forces armées recrutées pour mener l’opération. A savoir des miliciens, mercenaires et des ex-FDS en cavale ou surplace (…) ». Le journaliste affirme que certains de ces hommes, très actifs dans la préparation du complot, "seraient déjà formellement identifiés et suivis". De même que tous leurs complices qui "agiraient dans le sillage du pouvoir".

Leur objectif : « attaquer simultanément les casernes des FRCI, détruire les poudrières, annihiler les capacités de réaction de l’armée par une attaque massive et surprise. Des individus seraient postés dans certaines villes aux alentours d’Abidjan pour alimenter les putschistes en renseignements. A la vérité, il s’agit de personnes travaillant comme des citoyens ordinaires dans des sociétés mais qui, en réalité, sont des agents doubles », a conclu Paul Koudou.

Un autre journal proche du gouvernement – Le Patriote – titrait le même jour : « Après Taï et Duékoué, le FPI prépare des affrontements à Agboville ». Ici Lancina Ouattara rapporte le propos du préfet Bako Anatole, accusant le FPI d’ « entretenir dans les forêts des miliciens, dans le but de déstabiliser le pays à partir d’Agboville ».

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Des attaques effectivement, 3 jours après ces publications. Dimanche 5 août, assaut d’hommes armés contre le commissariat du 17ème Arrondissement, à Yopougon. Des morts. Le lendemain, le camp militaire d’Akouédo est assiégé. Puis mitraillé au cœur pendant 4 heures avec une facilité déconcertante. Pratiquement au nez d’un autre camp, non loin de là. Encore des victimes. Au même moment, des éléments FRCI essuient des tirs à Abengourou, ville frontalière avec le Ghana. D’autres militaires des forces républicaines blessés dans une attaque à Agboville, un jour après.

Pour que de tels coups soient successivement possibles, il faut qu’il y ait négligence dans le dispositif sécuritaire mis en place par les autorités. L’état même des casernes témoigne de leur faiblesse. C’est l’aspect des camps militaire ivoiriens et leur porosité qui déterminent leur vulnérabilité. Et faisant d’eux des "forteresses" prenables.

A Bondoukou, comme ailleurs, le camp des Forces républicaines ne fait pas peur. Idem pour l’escadron mobile. Deux casernes, même réalité. Pas de clôture pour le premier. Celle du second, pas assez haute pour éviter d’être facilement escaladée. Pas de barbelé pour renforcer la sécurité. Pas de miradors tout autour dans lesquels des sentinelles font le guet avec des jumelles. Un matériel indispensable pour le respect d’un camp militaire.

Il ne viendra jamais à l’esprit des soldats pro-Gbagbo de tenter le même coup contre la base française du 43ème BIMA. A moins qu’il le fasse dans un but suicidaire. Pourquoi ? Parce que l’aspect extérieur de ce camp est dissuasif. Ces militaires et miliciens ont pourtant une haine viscérale contre la France. Dont l’enclave de Port-Bouët considérée par ces revanchards comme une force d’occupation.

Les assauts répétés contre les casernes, depuis en 1999, n’ont pas permis une prise de conscience des chefs militaires. Qui auraient pu réclamer la fortification des murs d’enceinte. Une passivité coupable. Le 1er bataillon d’infanterie d’Akouédo, sur la route de Bingerville, est tout. Sauf une forteresse imprenable. Une clôture d’environ 2 mètres de haut, sans barbelés. En véhicule, sur l’autoroute, on voit l’intérieur. Des herbes touffues dans lesquelles peuvent facilement se dissimuler des personnes mal intentionnées. Des champs d’ignames et de manioc ça et là. Les 3 miradors construits le long de la palissade jusqu’au "carrefour Faya" n’ont jamais accueilli de sentinelles. Même légèreté à Agban, plus grand camp de gendarmerie d’Afrique de l’Ouest.

Tant que ces failles demeureront, des gens essayeront de s’y engouffrer. Ils tenteront d’autres coups. Quitte à ce qu’ils atteignent leur but ou pas.

Pas d’acquis dans la vie. La vie d’un Etat est un combat permanent contre un ennemi toujours présent, mais très souvent invisible. A Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur. Ne mésestimez pas le potentiel destructeur de l’Homme! Un être encore redoutable quand il est ennemi.

Comme le vigile qui se doit d’être vigilant, redoublons de vigilance pour éviter aux Ivoiriens épris de paix d’autres "cris d’orfraie".

Ossène Ouattara

jeudi, 19 juillet 2012

Besoin de sécurité ou "divine" comédie ?

Ces réflexions, je les ai émises quand la crise militaro-politique sécouait notre pays, en mars 2011. Elles étaient ma contribution pour essayer de soustraire certains fidèles égarés de l'emprise des vendeurs d'illusions. Ces "hommes de Dieu" vantards, dont les prêches et autres révélations frisaient et frisent encore la comédie. Elle a été publiée par le site panafricain Koaci.com.

Pour des raisons de sécurité, j'avais signé l'article sous le pseudonyme Lilian Kesthelot. Aujourd'hui, la crise est passée. Mais l'influence des pasteurs sur certains citoyens demeure intacte. Je reprends mes propos pour le soumettre aux lecteurs d'Echos du Zanzan.

L’on assiste depuis 2002, année de l’éclatement de la rébellion armée en Côte d’Ivoire, à un foisonnement d’annonces dites prophétiques. Celles-ci sont le fait d’hommes et de femmes se disant tous "Hommes de Dieu". Chacun se distinguant, toutefois, du titre particulier qu’il se donne à lui-même : prophète, prophétesse, pasteur, berger, bishop, … .

Si au début de la rébellion, certains d’entre eux avaient prophétisé, au nom de Dieu, qu’elle ne durerait pas 3 mois, le constat leur a donné tort. La Côte d'Ivoire a connu 10 années de crise.

Au lieu que cette évidence achève de convaincre du caractère imaginaire de ces prophéties, les Ivoiriens se sont habitués à une autre forme de "révélation" où Dieu lui-même leur "parle". En tout cas, si l’on s’en tient aux interprétations faites de certains phénomènes par les journalistes chrétiens de la radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI).

Au plus fort de la crise, la télévision publique a fait régulièrement écho de faits insolites dans lesquels elle croyait y déceler un message divin. Souvenez-vous de la figure géométrique en forme de "cœur" apparue à la surface d’une soupe. Ou encore, le "nuage" tombé du ciel après un combat entre "rebelles" et militaires. Sans oublier l’"arc-en-ciel" ayant entouré le soleil, dont on s’était empressé de donner un message divin. Ailleurs, c’est la "vierge Marie" que d’autres disaient avoir vue dans le firmament.

Les interprétations de ces phénomènes avaient toutes été orientées dans un sens chrétien. Comme s’il n’y avait que le christianisme en Côte d’Ivoire. Il semblait que cette religion fut érigée en religion d’Etat au détriment de l’islam, du bossonnisme, de l’animisme, du bouddhisme, ... pour que la RTI passe son temps à diffuser des "prophéties" et des messages chrétiens.

La Côte d’Ivoire n’était plus une République laïque, à partir du moment où des journalistes travaillant pour le compte d’un média public ne juraient et ne faisaient des commentaires que dans une univocité religieuse. Les téléspectateurs étaient gavés de musique chrétienne. Si bien qu’ils tendaient à confondre leur télévision à une chaîne confessionnelle.

Un constat d’autant vrai que derrière chaque phénomène observé, l’on ne voyait que Jésus. Les commentaires et interprétations des journalistes rapportant ces faits abondaient tous dans ce sens. "C’est Jésus, l’éternel des armées qui combat désormais aux côtés des Ivoiriens". Jésus est invoqué comme le pourfendeur des méchants qui voulaient "détruire" la Côte d’Ivoire, la "seconde patrie du Christ". Et les méchants, c'étaient Alassane Ouattara, la France, les Etats Unis, la Cedeao, L’UA, L’EU, et tous ceux qui avaient reconnu Ouattara comme vainqueur de l’élection présidentielle.

Un problème tout de même: Jésus risque de prendre la place du méchant, à force de détruire toujours les "méchants". Sur les antennes de la RTI, des prophètes et prophétesses, des pasteurs et autres Hommes de Dieu se succédaient pour parler de Jésus et de son "parti pris" pour Laurent Gbagbo. Son épouse Simone était devenue elle-même "prophétesse". Tout était fait comme si le dieu chrétien n’aimait pas la vérité. Ou, à tout le moins, que ce dieu se trouvait du seul côté de Gbagbo.

Au lieu que les Hommes de Dieu acceptent de jouer franc-jeu en exhortant le président sortant à quitter le pouvoir parce que telle était la volonté de Dieu (vox populi vox dei : la voix du peuple est la voix de Dieu), ils l’avaient encouragé à se persuader du caractère "divin" de son pouvoir. Il n’y a pas pire manière de s’apostasier et trahir sa fidélité envers le divin. Voilà comment des Hommes d’Eglise ont fait du faux au nom de Dieu !

L’évangélisme outrancier, loin d’éclairer les Ivoiriens, les précipitent dans les "ténèbres". Les messages, prophéties ne sont que des appels insidieux à la haine de l’Autre. Ils sont des incitations à la diabolisation de la religion d’autrui. Alassane Ouattara et ceux qui le suivaient n'étaient-ils pas aussi fils de Dieu pour que la vérité soit de leur côté ?

Ces "bergers" engagés politiquement, ces "patriotes" qui brandissaient l’argument du néocolonialisme pour invoquer Jésus à "sauver" ou à "bénir" la Côte d’Ivoire étaient devenus finalement ridicules. Ils voulaient combattre le mal avec un produit issu du même mal. En effet, le christianisme est le plus vieil héritage de la colonisation. A ce titre, Jésus est d’abord un dieu occidental avant d’être un dieu africain. Un "sauveur" imposé aux Africains comme la guerre dont les patriotes croient qu’elle était imposée à la Côte d’Ivoire par la France.

Le patriotisme ou le nationalisme vrai commande de combattre l’ennemi avec des moyens locaux. Autrement, Jésus, le dieu des Blancs, ne vaincra pas la France de Sarkozy au bonheur des Africains. En particulier des Ivoiriens

Des compatriotes croient trouver en Jésus-Christ une justification de leur méchanceté envers les autres. Ils les combattent au nom du fils de Marie. Ils combattent d’autres Ivoiriens qu’ils prennent pour diaboliques. Il faut donc les brûler au nom de Jésus, décréter des jours de jeûne contre eux, des séances de prière contre eux.

Et si c'était la peur que l’Autre suscite qui oblige à vouloir sa mort par le "sang" de Jésus ? En effet, comment conjurer l’angoisse que suscite la présence de l’adversaire ? Un adversaire qui peut être partout à la fois et nulle part. A l’image du commando "invisible" qui sèmait la désolation dans le camp Gbagbo.

La peur justifie tout. Même les interprétations incongrues. Elle peut faire voir partout des fantômes et des "signes divins". Elle peut faire en sorte que des phénomènes ordinaires (éclipses, arcs-en-ciel,...) apparaissent comme des messages "chrétiens". Dans lesquels l’on se réfugie pour dissiper sa peur de l’adversaire.

Si des milliers d’Ivoiriens avaient fui Abidjan pour se réfugier dans les villages et villes de l’intérieur, c’est parce que des pasteurs et autres prophètes les avaient apeurés en "prophétisant" l’apocalypse.

Le besoin de protection peut donc s’accompagner de "divine" comédie. Et c'est une vérité: les Hommes préfèrent une fiction qui les "sécurise" à une vérité angoissante.

Attitude bien souvent confirmée par l’activisme de certains croyants. Qui disent prêcher l’évangile du Christ alors qu’ils véhiculent la haine. Brou Amessan Pierre Israël, l'ex-sulfureux directeur de la RTI, était un de ces chrétiens [crétins ?]. Lui qui, dans chacun de ses journaux télévisés, insultait la France et les adversaires de Laurent Gbagbo. Et qui terminait toujours par "Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !". Quelle comédie !

Ossène Ouattara